Une mutuelle individuelle dont le tarif ne pourrait pas dépasser un plafond fixé selon l’âge : l’idée figure noir sur blanc dans les documents budgétaires de la Sécurité sociale pour 2027. Le gouvernement ne la met pas encore en œuvre, mais il en pose le principe, au moment même où il propose de prolonger la contribution exceptionnelle de 2,05 % sur les organismes complémentaires. Ce qu’il faut retenir, et ce que cela peut changer pour ceux qui paient seuls leur complémentaire santé.
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Ce que dit exactement le projet de budget #
Le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2027 a été déposé début octobre. Son annexe 9, qui détaille l’évaluation de chaque article, consacre à l’article 12 une fiche de plusieurs pages. La mesure principale est simple : la contribution exceptionnelle de 2,05 % créée pour 2026 serait prorogée d’un an. Son rendement est évalué à 1 117 millions d’euros pour l’assurance maladie en 2027.
Mais la même fiche va plus loin. Elle indique qu’« une révision du barème actuel intégrant une incitation fiscale pour les contrats de complémentaire santé individuels dont les niveaux de cotisations se situeront sous un tarif plafond pourrait être travaillée ». Concrètement, un avantage fiscal serait accordé aux contrats individuels « dont le tarif n’excède pas un montant fixé en fonction de l’âge du bénéficiaire ».
Un modèle déjà existant : les contrats de sortie de la C2S
Le texte cite lui-même son inspiration : les contrats de sortie de la complémentaire santé solidaire (C2S), proposés aux personnes qui perdent le droit à ce dispositif. Leurs tarifs sont déjà encadrés selon l’âge. L’annexe rappelle qu’ils varient entre 16 euros pour les moins de 29 ans et 60 euros pour les plus de 70 ans.
Les futurs contrats à prix modéré resteraient des contrats « solidaires et responsables », c’est-à-dire qu’ils respecteraient les règles qui conditionnent aujourd’hui l’essentiel des avantages fiscaux. En revanche, ils ne proposeraient pas de garanties supplémentaires : leur composition serait « limitée aux actes produits et soins essentiels », précise le document.
Pourquoi le gouvernement s’y intéresse maintenant #
Le diagnostic posé par l’annexe est chiffré. Selon les données de la DREES qu’elle reprend, 3,4 % de la population française hors Mayotte n’a pas de complémentaire santé. Cette part monte à 7 % dans les deux premiers déciles de niveau de vie, et à 5 % dans les troisième et quatrième. Plus du tiers des personnes sans complémentaire y renoncent pour des raisons financières.
Le document pointe aussi la dynamique des prix. Les cotisations des contrats de complémentaire santé ont progressé de 6 % en 2023 et de 8,2 % en 2024. Sur la même période, la part des cotisations reversée aux assurés sous forme de prestations, le « retour sur cotisation », a reculé à 79 % en 2024, contre 81 % en 2023.
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Le texte identifie clairement les plus exposés : les personnes non éligibles à la C2S qui ne peuvent pas souscrire un contrat collectif d’entreprise et supportent donc seules le coût de leur mutuelle, « notamment les jeunes et les personnes âgées ».
Pas avant 2028, au mieux #
C’est le point essentiel pour qui espère une baisse rapide de sa facture : rien ne change en 2027. L’annexe le dit sans détour, « cette nouvelle offre ne pouvait pas être déployée dès 2027 ». Le gouvernement explique qu’il « aurait pu présenter dès le PLFSS pour 2027 la mesure d’incitation fiscale », mais que « des négociations demeurent cependant nécessaires » avec les organismes complémentaires.
La méthode envisagée passe par une réforme de la taxe de solidarité additionnelle (TSA), cette taxe prélevée sur les cotisations de complémentaire santé. Les travaux doivent s’engager « à l’issue de cette prolongation » de la contribution de 2,05 %. Autrement dit, le calendrier dépend d’abord du vote du budget, puis d’une concertation dont ni la durée ni le résultat ne sont connus.
Ce que cela change pour votre mutuelle aujourd’hui #
À court terme, l’attention se porte surtout sur la contribution de 2,05 %. En 2026, elle était assortie d’une condition de non-augmentation des cotisations ; l’annexe reconnaît que cette condition a entraîné « une révision à la baisse du rendement » attendu. Comme l’a relevé France Épargne dans son analyse du 10 octobre, le projet pour 2027 ne reconduit pas ce gel des tarifs.
Le document gouvernemental affirme que la prolongation devrait avoir des impacts limités pour les assurés, « dès lors qu’elle pèse sur les structures et non directement sur les assurés ». Les fédérations de complémentaires contestent cette lecture et redoutent une répercussion sur les cotisations. Le débat parlementaire, qui s’ouvre à l’Assemblée nationale, dira si la mesure est maintenue en l’état.
Les bons réflexes en attendant
Si vous payez seul votre complémentaire, l’avis d’échéance de fin d’année reste le moment clé. Comparez la hausse annoncée avec vos besoins réels : un contrat chargé de garanties que vous n’utilisez pas coûte plus cher sans vous protéger davantage. Renseignez-vous auprès de votre organisme sur les conditions de résiliation de votre contrat avant de signer ailleurs.
Vérifiez aussi votre éligibilité à la C2S, gratuite ou à participation réduite selon vos ressources : le simulateur officiel permet de le savoir en quelques minutes. Et si vous êtes salarié, le contrat collectif de votre employeur, dont une partie de la cotisation est prise en charge par celui-ci, reste en général plus avantageux qu’un contrat individuel.
Une piste à suivre de près #
Un contrat individuel à tarif plafonné selon l’âge serait une petite révolution pour un marché où chaque organisme fixe librement ses prix. Pour l’heure, il ne s’agit que d’une intention inscrite dans une annexe budgétaire, sans montant ni date. Nous suivrons l’évolution des débats parlementaires et l’ouverture éventuelle des négociations avec les complémentaires.




