Non, il n’existe aucune température maximale légale au-delà de laquelle un salarié pourrait s’arrêter de travailler en France : ni 30 °C, ni 35 °C, ni 40 °C ne figurent dans le code du travail. En revanche, depuis le 1er juillet 2025, l’employeur a des obligations écrites et opposables dès que Météo-France place le département en vigilance jaune canicule — et pas seulement en orange. Voici l’état exact de la réglementation pour cet été 2026.
En bref #
- Aucun seuil couperet : la loi ne fixe pas de température maximale de travail. L’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) propose 30 °C pour une activité sédentaire et 28 °C pour un travail physique comme simples repères, sans valeur obligatoire.
- Le déclencheur légal, c’est la vigilance météo, pas le thermomètre du bureau : dès le niveau jaune canicule, les articles R. 4463-1 à R. 4463-8 du code du travail s’appliquent.
- Eau potable fraîche obligatoire, en quantité suffisante et maintenue au frais ; au moins 3 litres par jour et par travailleur sur les chantiers quand l’eau courante est impossible.
- Le droit de retrait n’est pas un droit de rentrer chez soi : il s’apprécie au cas par cas et peut se retourner contre le salarié s’il est jugé injustifié.
Température maximale au travail : ce que la loi ne dit pas #
C’est la requête la plus tapée chaque été, et la réponse déçoit. L’INRS l’écrit noir sur blanc : « la réglementation ne prévoit pas de température à partir de laquelle il convient d’agir en prévention, ou bien, au-delà de laquelle il serait interdit de travailler ».
Les deux chiffres qui circulent — 30 °C pour une activité sédentaire (bureau, guichet, conduite) et 28 °C pour un travail avec activité physique (manutention, chantier, cuisine, entrepôt) — sont des repères de prévention, pas des seuils légaux. L’institut souligne leurs limites : une situation peut être dangereuse sous 28 °C ou maîtrisée au-dessus de 30 °C, car l’humidité, les mouvements d’air, le rayonnement solaire, la tenue et la charge physique comptent autant que la température de l’air. Un salarié ne peut donc pas invoquer un chiffre — mais l’employeur ne peut pas non plus se retrancher derrière son absence.
Même sans canicule, un socle légal s’applique toute l’année #
L’absence de seuil chiffré ne laisse pas les salariés sans protection. L’article L. 4121-1 du code du travail impose à l’employeur de « prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs » : une obligation générale de sécurité qui vaut en continu, canicule ou non. Dans les locaux fermés, l’article R. 4222-1 ajoute que l’air doit être renouvelé de façon à « éviter les élévations exagérées de température, les odeurs désagréables et les condensations ». Un plateau vitré exposé plein sud, sans store ni ventilation efficace, peut donc être non conforme même sans record au thermomètre — et c’est sur ce terrain, pas sur un seuil imaginaire, que se plaident les dossiers.
Le vrai déclencheur : la vigilance de Météo-France #
Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, applicable depuis le 1er juillet 2025, a créé un chapitre entier du code du travail : « Prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense » (articles R. 4463-1 à R. 4463-8). C’est la première fois que la chaleur est traitée comme un risque professionnel à part entière.
L’article R. 4463-1 ne parle pas de degrés mais d’un dispositif : l’épisode de chaleur intense est défini « par référence à un dispositif développé par Météo-France pour signaler le niveau de danger de la chaleur ». L’arrêté du 27 mai 2025 précise ce renvoi, et c’est le point que la plupart des articles ratent :
- Épisode de chaleur intense = vigilance canicule jaune, orange ou rouge : les obligations démarrent dès le jaune.
- Période de canicule (notion plus étroite, utilisée dans le BTP) = vigilance orange ou rouge uniquement.
Le niveau de vigilance du jour se consulte sur la carte de Météo-France, réactualisée deux fois par jour, à 6 h et 16 h : c’est elle, et non le thermomètre du bureau, qui conditionne les obligations de l’employeur. L’ampleur peut être considérable : lors du pic du début août 2026, le bulletin du 2 août à 16 h 01 plaçait 20 départements en vigilance orange canicule et 68 en vigilance jaune (canicule et/ou orages), soit près de neuf départements sur dix couverts par au moins un niveau d’alerte — et autant d’employeurs soumis aux obligations du décret.
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Ce que le décret impose réellement à l’employeur #
- Évaluer le risque chaleur, en intérieur comme en extérieur, et l’inscrire au DUERP (document unique d’évaluation des risques professionnels), consultable par les salariés (R. 4463-2).
- Mettre en place des mesures (R. 4463-3) : adaptation des procédés, aménagement des locaux et des postes, adaptation de l’organisation et des horaires, moyens techniques (ventilation, stores, brumisation), fourniture d’eau, équipements adaptés, information et formation.
- Fournir de l’eau potable fraîche en quantité suffisante et un moyen de la maintenir au frais toute la journée, près des postes, en particulier en extérieur (R. 4463-4 ; l’article R. 4225-2 impose désormais une eau permettant de « se désaltérer et se rafraîchir »).
- Adapter les mesures aux travailleurs vulnérables — âge, état de santé — avec le service de prévention et de santé au travail (R. 4463-5).
- Définir la conduite à tenir : signalement des signes préoccupants et organisation des secours (R. 4463-6), renforcement si l’épisode s’intensifie (R. 4463-7), intégration aux plans de prévention sur les chantiers (R. 4463-8).
Sur les 3 litres d’eau, attention à l’erreur la plus répandue : ce n’est pas une règle générale. Le décret a réécrit l’article R. 4534-143, propre au bâtiment et aux travaux publics : « Lorsqu’il est impossible de mettre en place l’eau courante, la quantité d’eau mise à disposition à cette fin est d’au moins trois litres par jour par travailleur. » C’est un plancher BTP et forestier en l’absence d’eau courante, pas un droit universel opposable en open space.
Qui fait quoi : le tableau à garder sous la main #
| Situation | Ce que l’employeur doit faire | Ce que le salarié peut faire | À qui s’adresser |
|---|---|---|---|
| Vigilance jaune canicule | Mesures R. 4463-3 : eau fraîche accessible, aménagement des postes, information, DUERP à jour | Demander le DUERP, signaler un poste non protégé | Manager, puis CSE (comité social et économique) |
| Vigilance orange ou rouge | Renforcer : horaires décalés, pauses supplémentaires, report des tâches exposées, suivi des vulnérables | Demander un aménagement, signaler par écrit tout symptôme | CSE, médecin du travail |
| Aucune mesure, situation dangereuse | Répondre à l’alerte et faire cesser le danger | Alerter l’employeur (obligatoire), puis éventuellement droit de retrait (L. 4131-1) | CSE, puis inspection du travail (DREETS), qui peut mettre en demeure |
| Chantier BTP arrêté pour canicule | Décider l’arrêt, consulter le CSE, déclarer à la caisse CIBTP | Vérifier son éligibilité au chômage intempéries | Employeur, caisse Congés intempéries BTP |
Droit de retrait : ce qu’il permet, ce qu’il ne permet pas #
L’article L. 4131-1 prévoit que le travailleur « alerte immédiatement l’employeur de toute situation de travail dont il a un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé », et qu’il peut ensuite se retirer de cette situation. Trois limites, rarement dites :
- L’alerte est un préalable, pas une option : partir sans prévenir fragilise immédiatement la position du salarié.
- On se retire d’une situation, pas de l’entreprise. L’article L. 4132-1 impose que le droit de retrait « soit exercé de telle manière qu’elle ne puisse créer pour autrui une nouvelle situation de danger grave et imminent ».
- La chaleur seule ne déclenche pas automatiquement le retrait. Aucune température ne le rend valide d’office : le juge apprécie au cas par cas — intensité et durée de l’exposition, nature du travail, état de santé, mesures déjà prises. Des salariés ont vu leur retrait jugé illégitime alors qu’ils invoquaient des relevés proches de 38 °C en atelier.
Si le motif est raisonnable, l’article L. 4131-3 protège : « aucune sanction, aucune retenue de salaire ». Mais si l’employeur estime les conditions non réunies, il peut appliquer une retenue et engager une procédure disciplinaire, le contentieux n’étant tranché que des mois plus tard. D’où le réflexe : alerter par écrit, faire constater par le CSE, saisir le médecin du travail ou l’inspection du travail. Le droit de retrait est un dernier recours, pas un premier geste. Si un malaise débouche sur un arrêt, voir notre guide sur où envoyer son arrêt de travail à la CPAM.
Télétravail et fortes chaleurs : un levier d’aménagement, pas un droit automatique #
Le télétravail fait partie des aménagements de l’organisation du travail que l’employeur peut activer en épisode de chaleur intense, et les pouvoirs publics le recommandent pour les postes qui le permettent. Mais aucun texte n’en fait un droit automatique du salarié en cas de canicule : sauf accord collectif ou charte télétravail prévoyant expressément ce cas, l’employeur reste libre de l’accorder ou de le refuser. Le bon réflexe consiste à formuler la demande par écrit, en s’appuyant sur le niveau de vigilance du département et sur l’état du poste (local non rafraîchi, exposition directe). Pour les salariés vulnérables — âge, pathologie, grossesse, traitement —, l’avis du médecin du travail pèse davantage qu’une demande isolée : l’article R. 4463-5 impose à l’employeur d’adapter les mesures à leur situation, et le télétravail peut en faire partie.
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BTP : la canicule ouvre bien droit au chômage intempéries #
Le régime du chômage intempéries du bâtiment et des travaux publics (BTP), prévu aux articles L. 5424-8 et suivants, couvrait historiquement le gel, la neige, le verglas, la pluie et le vent fort. Le décret n° 2024-630 du 28 juin 2024 y a ajouté la canicule, et l’arrêté du 27 mai 2025 a précisé qu’elle est caractérisée par une vigilance orange ou rouge. Les conditions réelles, souvent passées sous silence : l’arrêt est décidé par l’employeur ou le chef de chantier (après consultation du CSE), pas par le salarié ; il faut avoir travaillé au moins 200 heures dans les deux mois précédents et être présent sur le chantier ; l’indemnité vaut 75 % du salaire horaire après une heure de carence par semaine, dans la limite de 9 heures par jour et 45 heures par semaine, et de 55 jours indemnisés par année civile.
Ce que risque l’employeur qui ne fait rien #
Un employeur qui n’évalue pas le risque chaleur et ne prend aucune mesure s’expose d’abord à une mise en demeure de l’inspection du travail (DREETS), qui contrôle l’application des articles R. 4463-1 et suivants comme n’importe quelle règle de santé au travail. Si un malaise ou un accident lié à la chaleur survient au temps et au lieu de travail, la procédure d’accident du travail s’applique et la responsabilité de l’employeur peut être recherchée — jusqu’à la faute inexcusable lorsqu’il avait ou aurait dû avoir conscience du danger et n’a pas pris les mesures nécessaires pour en préserver le salarié, avec majoration de la rente et réparation des préjudices à la clé. S’y ajoutent des coûts très concrets : arrêts de travail, désorganisation, exercice collectif du droit de retrait et tensions durables avec le CSE.
Signes d’alerte : ce que disent les autorités sanitaires #
L’Assurance Maladie distingue deux situations. L’épuisement dû à la chaleur : température corporelle entre 38 et 40 °C, faiblesse, maux de tête, vertiges, nausées, transpiration excessive. Le coup de chaleur, urgence vitale : température égale ou supérieure à 40 °C, peau devenue sèche, troubles de la conscience, chute de tension. Dans ce dernier cas, l’Assurance Maladie indique d’appeler immédiatement le 15 (Samu) ou le 112, de mettre la personne à l’ombre dans un endroit frais et aéré et de la rafraîchir en attendant les secours. Un malaise survenu sur le lieu et pendant le temps de travail relève par ailleurs de la procédure d’accident du travail et doit être signalé à l’employeur.
Et concrètement, demain matin ? #
- Vérifiez le niveau de vigilance de votre département sur le site de Météo-France : c’est lui qui conditionne les obligations de votre employeur.
- Demandez à consulter le DUERP. Si le risque chaleur n’y figure pas alors que le département est en vigilance canicule, l’employeur est en défaut sur l’article R. 4463-2.
- Vérifiez les basiques : eau fraîche près du poste et maintenue au frais, zone d’ombre ou local rafraîchi, pauses, horaires adaptés sur les tâches exposées.
- Écrivez : un courriel horodaté à son manager vaut mieux qu’une remarque à la machine à café.
- Passez par le CSE, dont les membres ont un droit d’alerte propre en cas de danger grave et imminent. Si vous êtes vulnérable (pathologie chronique, traitement, grossesse, âge), sollicitez le médecin du travail, qui peut préconiser un aménagement de poste.
Questions fréquentes #
À partir de quelle température peut-on légalement arrêter de travailler ?
Aucune. Le code du travail ne fixe aucune température maximale de travail. L’INRS retient 30 °C pour une activité sédentaire et 28 °C pour un travail physique comme repères de prévention, sans valeur obligatoire. Ce qui déclenche les obligations de l’employeur, c’est la vigilance canicule de Météo-France, dès le niveau jaune.
Mon employeur doit-il me fournir 3 litres d’eau par jour ?
Ce minimum de 3 litres par jour et par travailleur vise le BTP et les travaux forestiers, lorsqu’il est impossible d’installer l’eau courante (article R. 4534-143 du code du travail). Dans les autres secteurs, l’obligation est de mettre à disposition de l’eau potable fraîche en quantité suffisante, avec un moyen de la maintenir au frais toute la journée à proximité des postes.
Puis-je rentrer chez moi en exerçant mon droit de retrait s’il fait trop chaud ?
Pas automatiquement. Le droit de retrait suppose d’avoir d’abord alerté l’employeur, puis d’avoir un motif raisonnable de penser que la situation présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. La chaleur seule ne suffit pas : la situation est appréciée au cas par cas. Si le retrait est jugé injustifié, l’employeur peut opérer une retenue sur salaire et engager une procédure disciplinaire. Le réflexe à privilégier reste l’alerte écrite, le passage par le CSE et la saisine du médecin du travail ou de l’inspection du travail.
Le télétravail est-il obligatoire en cas de canicule ?
Non. Le télétravail figure parmi les aménagements que l’employeur peut mettre en place lors d’un épisode de chaleur intense, et il est recommandé pour les postes compatibles, mais aucun texte n’en fait un droit automatique du salarié. Sauf accord collectif ou charte télétravail prévoyant ce cas, l’employeur peut l’accorder ou le refuser. Les salariés vulnérables peuvent solliciter le médecin du travail, l’employeur devant adapter les mesures à leur situation (article R. 4463-5 du code du travail).
À retenir #
- Pas de température couperet en France, mais un cadre renforcé depuis le 1er juillet 2025 (décret n° 2025-482, articles R. 4463-1 à R. 4463-8).
- Les obligations de l’employeur s’activent dès la vigilance jaune canicule, pas seulement en orange.
- Le niveau de vigilance du jour se vérifie sur la carte Météo-France, réactualisée à 6 h et 16 h ; lors du pic du début août 2026, 88 départements étaient couverts par une vigilance jaune ou orange.
- Le télétravail est un aménagement possible et recommandé quand le poste le permet, mais pas un droit automatique du salarié : passer par une demande écrite, l’accord ou la charte télétravail, et le médecin du travail pour les personnes vulnérables.
- Le droit de retrait n’est ni automatique ni sans risque : alerte écrite, CSE, médecin du travail et inspection du travail d’abord.
- Dans le BTP, la canicule ouvre droit au chômage intempéries en vigilance orange ou rouge (200 heures, 75 % du salaire horaire, 55 jours par an).
Sources officielles : décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 (Légifrance), arrêté du 27 mai 2025 sur les seuils de vigilance canicule, service-public.gouv.fr, INRS, ameli.fr, Météo-France. Sur le reste à charge, voir aussi le doublement du plafond des franchises médicales.
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Avertissement. Cet article est informatif et ne constitue ni un avis médical, ni une consultation juridique. Aucun conseil de traitement n’y est donné : les recommandations santé reproduites proviennent de l’Assurance Maladie. En cas de malaise, de troubles de la conscience ou de suspicion de coup de chaleur, appelez immédiatement le 15 ou le 112. Pour une situation individuelle de travail, rapprochez-vous de votre médecin du travail, de vos représentants du personnel (CSE) ou de l’inspection du travail (DREETS) ; pour un litige, consultez un professionnel du droit.
Plan de l'article
- En bref
- Température maximale au travail : ce que la loi ne dit pas
- Même sans canicule, un socle légal s’applique toute l’année
- Le vrai déclencheur : la vigilance de Météo-France
- Ce que le décret impose réellement à l’employeur
- Qui fait quoi : le tableau à garder sous la main
- Droit de retrait : ce qu’il permet, ce qu’il ne permet pas
- Télétravail et fortes chaleurs : un levier d’aménagement, pas un droit automatique
- BTP : la canicule ouvre bien droit au chômage intempéries
- Ce que risque l’employeur qui ne fait rien
- Signes d’alerte : ce que disent les autorités sanitaires
- Et concrètement, demain matin ?
- Questions fréquentes
- À retenir